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Publi le lundi 17 mars 2008

Lundi 17 mars 2008
Imposer la liberté et le français?

Peut-on imposer la liberté à un peuple ou à une personne? Question paradoxale qui renvoie à l'opposition entre les deux notions de liberté et d'imposition.

Dans la même veine, peut-on imposer le bon usage du français écrit à l'école? Comment transmettre le goût d'acquérir des compétences langagières sans les imposer, sachant que l'acquisition de connaissances dépend énormément de la motivation de la personne qui apprend?

L'enseignement du français écrit se bute continuellement à ce dilemme. En imposant l'apprentissage de force seulement, avec les notes chiffrées ou non, les épreuves, les exercices, les examens, etc., l'école finit par atteindre l'effet opposé à celui souhaité : le mépris à l'égard des compétences à acquérir. De plus, avec l'avènement du clavardage et de la communication électronique, l'attrait des « libertés » avec les règles statiques du français augmente sans cesse.

Comment donc donner le goût d'apprendre correctement les règles de la grammaire complexe du français dans le monde moderne frénétique sans devoir l'imposer de force en l'enfonçant dans la gorge des élèves sollicités de toutes parts?

Toutes sortes de méthodes ont été explorées. Des jeux, des compétitions, des projets, des créations, etc., qui détournent de l'attention portée à l'apprentissage de la langue proprement dite, à l'utilisation de machines, d'Internet, de montages vidéo, etc., en passant par le travail plus direct sur la manière, comme la méthode dynamique (syllabe), la méthode du Sablier (les sons), ou la méthode de la globalisation (mot entier).

Constat : depuis plus de quarante ans, on déplore la détérioration de l'habileté à bien écrire le français. Alors quoi?

D'abord, est-ce que le diagnostic est si catastrophique qu'il y paraît? Ne portons-nous pas trop attention aux exceptions, de façon à les monter en épingle? Ne faisons-nous pas des gorges chaudes des grossières erreurs de français des professeurs, des journalistes, des artistes, des élèves, des politiciens, etc., afin de nous gausser de celui qui ose s'exprimer dans un français approximatif?

Y aurait-il un certain puritanisme langagier là-dedans? « Je suis plus pur et meilleur que les autres qui maîtrisent moins bien que moi les arcanes de la langue française! »

Quoi qu'il en soit des intentions non avouables des puristes de la langue, est-ce que nous vivons en pleine catastrophe, c'est-à-dire en période de perte irrémédiable d'une langue française écrite défigurée?

Pourtant, pour se convaincre de la vitalité de la langue, soulignons la quantité phénoménale de blogues drôlement bien écrits en français, au Québec et ailleurs. Évidemment, il y a du pire et du meilleur sur Internet. Mais la vaste majorité des pages lues sont relativement bien rédigées.

Faudrait-il voir dans cette vitalité de la langue un des moteurs souvent ignorés de l'apprentissage? C'est lorsque le besoin s'en fait sentir de façon pressante que l'utilisateur d'un appareil lit les instructions. De la même façon, c'est lorsque le besoin s'en fait sentir que le locuteur francophone va tout faire en son pouvoir pour bien s'exprimer par écrit et acquérir les notions de base qui lui font défaut.

C'est donc en se situant dans un contexte réel de communication avec le monde, par l'intermédiaire de l'Internet par exemple, qu'un locuteur francophone en viendra à vouloir s'améliorer en français écrit et qu'il fournira les efforts nécessaires de lui-même pour apprendre.

Ainsi, sur le plan scolaire, il faut que la motivation provienne de l'élève lui-même pour que le besoin de communiquer adéquatement le conduise à l'acquisition des connaissances de base afin de les expérimenter. De la même façon, il faut que la motivation provienne de l'individu lui-même ou du peuple pour que le besoin de libertés conduise à l'acquisition de libertés concrètes afin de les expérimenter.

Peut-être faudrait-il que nous cessions d'être des Ayatollahs de la langue et des George Bush de l'apprentissage du français pour que la qualité du français écrit devienne un besoin pressant à combler de la part des élèves qui voudront désormais apprendre par nécessité de communiquer avec le monde. Peut-être.





1 Commentaire :

Commentaire crit le vendredi 21 mars 2008 à 11:58:24 (lien)
Le professeur masqué - http://leprofesseurmasque.blogspot.com/
Vous m'excuserez de ne pas partager votre vision de la situation actuelle. J'enseigne le français depuis longtemps. Rien, absolument rien n'oblige ou ne contraint un jeune à bien maîtriser la langue française à l'école. Ceux-ci peuvent écrire une faute par mot et passer leur année. Il n'y a qu'en cinquième secondaire, avec l'examen ministériel en écriture, qu'on a institué un seuil de réussite en matière de langue. Avant ça, nada, néant, nil...

Voilà peut-être une partie du problème. Il ne s'agit pas d'ajouter des examens, mais que ceux-ci soient signifiants et exigeants.


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