L'air du temps!:

Publi le jeudi 03 janvier 2008

Jeudi 03 janvier 2008
Culture : Tremblay contre Delerm

La culture, c'est quelque chose de profond qui loge au cœur du développement de l'être humain inscrit dans une histoire personnelle et générale. Quand on lit, par exemple, on reconnaît une parenté entre l'auteur et le lecteur qui se situe au-delà de l'histoire racontée. Elle s'inscrit à la croisée des mots choisis et des références connues des deux protagonistes de la narration : l'auteur et le lecteur.

Ainsi, je viens de terminer un autre livre de Michel Tremblay, les Douze coups de théâtre. C'est tellement facile de comprendre ce que décrit l'auteur que cela en devient presque hallucinant. Les doutes, les hésitations, les mots, la réalité sociale et culturelle décrite, tout me parle de moi à travers la vie de Tremblay, même lorsque celui-ci relate des expériences personnelles qui me seront à jamais inaccessibles : le goût pour l'opéra, les expériences homosexuelles, la vie familiale des années 50, etc.

Par contre, lorsque je lis Delerm, La Première gorgée de bière par exemple, je ne peux m'identifier à rien de ce décrit l'auteur, même pas à des expériences banales, car les mots et la manière de présenter les choses m'échappent trop souvent. Prenez par exemple le texte intitulé Un banane-split. Rien de plus simple ou de plus commun. Pourtant, bien que la réalité décrite semble banale et facilement partageable, c'est la façon de présenter cette expérience simple qui me sépare de Delerm. Le premier paragraphe contient les mots suivants : camaïeu raffiné, l'île flottante, coupelle, luxuriance estivale, etc. Bien que je puisse comprendre certaines de ces expressions empruntées à ma culture livresque, cela ne fait pas appel à mes expériences personnelles réelles.

Alors que l'auteur veut partager des moments simples de la vie de tous les jours, de menus plaisirs connus de tous, les mots qu'il utilise me rendent étranger ces expériences communes. C'est inouï. Pratiquant la même langue, on ne peut pas communiquer simplement, car les expressions, les mots, les références ne sont pas les mêmes. Pire, je sens un travail, une volonté d'utiliser un vocabulaire recherché pour rendre uniques les moments simples de la vie. C'est voulu, j'en conviens. Mais cela rend la lecture plus fastidieuse.

Le deuxième paragraphe du texte sur le banane-split contient les mots suivants : penaud, déférente, goguenard, barquette, étique (sans le h, car ce n'est pas la même chose), puérile, cigogne (pas l'oiseau), ringarde, flageolant, etc. Et je n'énumérerai pas les mots étranges du texte suivant portant sur la visite surprise, car je ne l'ai pas terminé. La page 44 est la dernière lue dans ce recueil pourtant salué comme un des grands livres de la culture francophone.

Selon moi, il y a trop de prétention et de fausse modestie dans ces textes prétentieux de simplicité. Les expressions françaises ne m'impressionnent pas assez pour que je tombe en pâmoison devant cet écrivain français à la mode. J'aime mieux entendre son fils Vincent chanter Fanny Ardant et moi. Le rejeton est plus drôle et plus simple dans sa façon de s'exprimer, non?




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