L'air du temps!:

Publi le lundi 21 avril 2008

Lundi 21 avril 2008
Le devoir d'amour envers le Canadien de Montréal

Longtemps, je n'ai pas aimé le Canadien de Montréal. Je détestais même le chandail bleu-blanc-rouge. Je trouvais cela quétaine, commun, pas original du tout d'aimer la sainte flanelle. Je n'avais aucun sentiment d'identification ou d'appartenance envers les Glorieux. Je préférais de beaucoup le jaune et noir des big bad Bruins. J'affectionnais les underdogs, les mésestimés, les négligés.

Il y avait peut-être là un sentiment de révolte mal dégrossi qui s'exprimait par mon aversion envers la pureté du saint suaire. « Les bras meurtris qui tendent le flambeau… », c'était trop cul-cul. Et, surtout, l'unanimité qui entraîne tout le monde à aimer la même chose, en l'occurrence un club de hockey, me révoltait. L'originalité devait s'exprimer par une adhésion à tout ce que les autres exécraient.

Il aura fallu la naissance d'un lien d'amitié universitaire pour que je commence à comprendre l'importance du Canadien dans l'affirmation d'une identité nationale. Mon nouvel ami de l'époque n'avait pas été élevé au Québec. En fait, sa mère l'avait envoyé dans des écoles en Californie, en Suisse et en Afrique. Il avait grandi à l'ombre de la vague de l'affirmation nationale du Québec dans les années 70.

Mais à chaque fois qu'il disait à des étrangers qu'il était Québécois d'origine, la même réaction, toujours : LE CANADIEN de Montréal! C'était la seule chose que ces étrangers connaissaient du Québec. Le reste, la poutine et la bière, les ceintures fléchées et les bancs de neige, ne représentaient rien pour ces personnes de par le vaste monde. Seul emblème de l'identité québécoise à l'étranger (c'était avant Céline Dion et le Cirque du Soleil) : la Sainte-Flanelle.

Pour ce fils d'écrivain québécois qui s'était suicidé par désespoir du manque d'affirmation nationale de ses compatriotes, le fait que le Canadien soit la seule référence pour les étrangers qu'il a rencontrés durant toutes ses années de formation était devenu comme le centre de sa propre identité perdue, le seul but de son errance sur la planète.

Lors de son retour au Québec, le Canadien représentait pour lui l'essence de la fierté québécoise. La patinoire devenait le seul endroit où les Québécois gagnaient les guerres successives (24 coupes, tout de même) sans armes sur les Anglais et pouvaient triompher sur la planète entière.

Pour lui, mon pays, ce n'était pas l'hiver, mais le Canadien de Montréal. Il était de son devoir de citoyen d'aimer aveuglément les Glorieux. Il y allait de son identité profonde. Sans le Canadien, il n'était plus rien, qu'un orphelin errant essayant d'échapper au spectre de son paternel désespéré qui avait mis fin à ses jours de façon tragique et spectaculaire dans une cour d'école.

Par respect pour mon nouvel ami, par solidarité, par compréhension de la dimension éthique et politique du geste, je devins alors un inconditionnel des Habitants à mon tour. Pour toujours, j'ai le devoir impératif d'amour envers le Canadien de Montréal, même s'il n'y a plus beaucoup de Québécois dans l'organisation. Mon hymne, pas original du tout, mais profondément ressenti : « Go Habs go. »





6 Commentaires :

Commentaire crit le mercredi 23 avril 2008 à 11:19:20 (lien)
Plotin - http://plotin.monblogue.branchez-vous.com/
Bonjour,

Ce n'est pas pour vous contredire, mais la police de Montréal affirme qu'il s'agit de groupes fortement organisés: http://info.branchez-vous.com/Nationales/080422/N0422241AU.html.
Je connais assez mes élèves pour savoir que la vaste majorité ne fait pas partie de ces groupes-là. Loin de là! Il y a bien sûr des exceptions, mais ils ne représentent pas la population estudiantine du Collège.



Commentaire crit le mardi 22 avril 2008 à 19:17:44 (lien)
Une femme libre - http://unefemmelibrelibre.blogspot.com
Je suis désolée de vous décevoir, mais vous ne pouvez pas en être si certain. Le graffitage entre autres est une mode issue de milieux tout ce qu'il y a de plus BCBG et les jeunes que j'ai vu agir hier, bien mis et avec des vêtements griffés, avaient plus le profil de jeunes de collèges que celui de gangs de rues. Des jeunes qui avaient bu et se croyaient tout permis l'espace d'un instant... de victoire?


Commentaire crit le mardi 22 avril 2008 à 16:49:15 (lien)
Plotin - http://plotin.monblogue.branchez-vous.com/
En fait, ce sont surtout des gangs de rue, des casseurs comme on dit, qui se font un devoir de briser tout ce qui bouge, tout ce qui a de la valeur. Il manque des boulons dans la tête de certains individus, surtout des hommes, qui n'ont plus que leurs bras pour s'exprimer dans un désordre digne du chaos qui règne dans leur cerveau. C'est triste, mais ce ne sont sûrement pas mes élèves ou leurs amis qui ont fait des actes criminels comme ceux-là.


Commentaire crit le mardi 22 avril 2008 à 10:05:51 (lien)
Une femme libre - http://unefemmelibrelibre.blogspot.com
C'est un gros marché aussi. Hors de prix les billets pour aller voir l'équipe, un simple chandail des Canadiens c'est 60$ plus taxes, les petits drapeaux sont dix-huit dollars. Hier soir, on revenait de notre cours de yoga, ma fille et moi et on a eu peur (un peu pas trop quand même, après un cours de yoga on est assez zen). Les cris, les trompettes, ça va, c'est de la joie. Mais quand une gang très excitée de jeunes (qui pourraient être vos élèves que vous décriviez déjà comme fébriles hier après-midi) a envahi le métro Place-des-Arts et s'est mise à sauter partout et surtout à faire des graffitis des Canadiens partout sur le plancher, les fenêtres du métro, les bancs, j'ai trouvé ça choquant. J'ai eu envie de m'en mêler mais ils étaient vraiment trop nombreux et excités pour faire quoi que ce soit. Il était dix heures du soir. Aux nouvelles, on parle de violence gratuite, de voitures incendiées. Est-ce normal de détruire quand on est contents?


Commentaire crit le mardi 22 avril 2008 à 09:08:08 (lien)
Plotin - http://plotin.monblogue.branchez-vous.com/
Eh... Oui, Maf, l\'ambiance sociale change pour le mieux, comme tu dis, sauf dans la soirée après la victoire, comme on l\'a vu hier à Montréal. Mais ce sont des cas isolés. Pour l\'ensemble du Québec, tu as raison. Même dans les classes avec les élèves, j\'ai trouvé hier qu\'ils étaient plus peppés que d\'habitude. Il y avait de la fébrilité dans l\'air.


Commentaire crit le lundi 21 avril 2008 à 12:16:00 (lien)
maf
"Halte-là!Halte-là! Halte-là! Les canadiens sont là! ..." :)

Tu ne trouves pas que l'ambiance sociale change pour le mieux quand le Canadien joue pendant les éliminatoires? :)


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