L'air du temps!:

Publi le mercredi 02 avril 2008

Mercredi 02 avril 2008
Pissous

Je suis un peureux. J’ai peur d’avoir le cancer de la prostate. J’ai peur d’avoir le cancer du côlon. J’ai peur d’avoir le cancer du sang. Une peur constante et déraisonnable, un peu comme celle de Foglia. Évidemment, chez moi, cette peur est augmentée par l’expérience de la maladie et par deux opérations pour l’éloigner de moi.

Mais la peur de la voir réapparaître revient constamment. Aussitôt qu’une petite tache apparaît sur ma peau, la peur tenaille le ventre et les pensées les plus sombrent surgissent.

Comme si cela n’était pas assez, j’ai également peur de toutes sortes d’autres choses plus anodines les unes que les autres. J’ai peur que mon ordinateur me lâche encore, comme il y a deux semaines. J’ai peur que l’arbre devant la maison fasse encore des siennes et bloque encore le tuyau d’égout en provoquant encore une inondation. J’ai peur que mon fils et ma fille se fassent mal ou attrapent des maladies. J’ai peur au banc de neige devant la maison qui va fondre et inonder le sous-sol (encore!). J’ai peur que le propriétaire de la maison que nous avons achetée ne s’occupe plus de l’entretien et laisse la maison dans un état de déperdition avant qu’on ne l’occupe. J’ai peur de parler devant les autres, dans les réunions ou devant une assemblée.

Bref, j’ai été élevé dans la crainte constante. ATTENTION, ne cessaient pas de crier mes parents, surtout ma mère. J’ai fait la même chose avec mes enfants.

J’ai peur à l’avenir. Je sais que je suis en sursis, que je ne vieillirai pas comme mes parents qui ont plus de quatre-vingts ans. Le temps qu’il me reste est compté. Je sais que mes enfants ne me verront pas vieillir aussi et que je ne pourrai pas prendre leurs propres enfants dans mes bras.

Malgré tout cela, j’ai quand même peur pour des vétilles. Je ne m’en fais pas pour mon travail, ni pour les agissements parfois sauvages de certains élèves, ni même pour les remarques disgracieuses de certains collègues d’autres départements.

Mais il me reste la peur insensée de ne pas avoir assez d’argent pour effectuer les travaux sur la nouvelle maison. J’ai peur aussi qu’il arrive quelque chose d’épouvantable à la maison que nous occupons actuellement. J’ai peur surtout que la maladie touche un de mes proches.

Cette paranoïa provient de l’éducation familiale, évidemment. Mais aussi, je crois, elle fait partie de notre héritage national. Samedi dernier, je suis allé voir Florence de Marcel Dubé. Cette pièce de théâtre écrite en 1957, à la veille de la Révolution tranquille, relate l’histoire d’une secrétaire qui est sur le point de s’émanciper de sa famille et de toutes ses peurs ataviques. Dubé a réécrit la pièce au début des années 1970. Il a surtout modifié la fin pour la rendre plus conforme à l’évolution de la société québécoise. Finalement, la petite secrétaire, qui se fait abuser sexuellement par son patron et qui défie la peur familiale face à l’avenir, assume son désir de libération et décide d’aller travailler seule à New York. Comme une grande, elle se lance à l’aventure et à l’assaut du monde entier.

Se lancer à l’assaut du monde entier… Est-ce que les Québécois ont cessé d’avoir peur des étrangers et décidé de s’affranchir de la pensée d’être nés pour un petit pain? C’est la question centrale de cette pièce de Dubé. La question mérite d’être encore posée aujourd’hui. D’autant plus que j’ai peur de la réponse…





1 Commentaire :

Commentaire crit le lundi 14 avril 2008 à 13:55:49 (lien)
Pierre Cayouette
Quelle étrange sensation! J'ai l'impression de me lire moi-même. D'autant plus que je suis aussi allé voir la pièce Florence, de Marcel Dubé, il y a quelques jours...


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